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THESAURUS HARMONICUS
Chansons à 3, 4 et 5 parties, danseries et diminutions (1528 - 1591)
À partir de l'année 1528 et sous le règne de François 1er, Pierre Attaingnant imprime à Paris les premiers recueils de Chansons Musicales à Quatre Parties, à une période où ce genre prédomine dans le paysage musical de la Renaissance. La génération de compositeurs tels que Claudin de Sermisy, Thomas Crécquillon ou Clément Janequin, donne ses lettres de noblesse à une musique constituée de quatre voix mélodiques indépendantes, dialoguant entre-elles par imitations et superpositions. Ce dense réseau mélodique répond à l'esthétique d'un son plein et malléable. Il nous fascine aujourd'hui par le potentiel de sa richesse expressive.
Lorsque la musique d'une nouvelle génération de musiciens est éditée dans les décennies suivantes, l'ajout d'une cinquième voix aux chansons déjà existantes et connues de tous devient un exercice de virtuositéréservé aux plus fins compositeurs, dont Roland de Lassus est la figure de proue. L'intégration de cette Quinta Pars, très caractérisée et ornée, provoque une définition nouvelle de l'idéal musical : le spectre sonore s'élargit et les dialogues se complexifient – chaque musicien raconte encore davantage sa propre histoire avec liberté et spontanéité au sein de sa ligne mélodique. Au cours de ce concert, la musique de danse et les pièces instrumentales font contraster ce répertoire avec élégance : pavanes, gaillardes, diminutions et fantaisies se mêlent aux chansons et font émerger une temporalité singulière, large et immuable.
TRANSILVANI CORONENSIS
Aux côtés de Valentin Bakfark (1507-1576) :
Motets, chansons, madrigaux et pièces instrumentales de la Renaissance.
En 1553, l'éditeur Jacques Moderne imprime à Lyon un livre de tablatures de luth consacré au compositeur et luthiste Valentin Bakfark. Originaire de Hongrie, Bakfark est l'un des compositeurs de la Renaissance ayant le plus changé de lieu d'activité au cours de sa carrière (Transylvanie, Pologne, Prusse, Allemagne, Bohême, France, Italie...), sa renommée de luthiste lui ayant permise d'entrer en contact avec des pratiques musicales très diverses de l'Europe de la Renaissance.
Ce livre de tablatures contient des compositions de Bakfark et des arrangements d’œuvres vocales de certains de ses contemporains, tels que Gombert, Janequin et Arcadelt. Les genres musicaux qui y sont présentés sont particulièrement contrastants : Motets franco-flamands, Chansons françaises, Madrigaux italiens et pièces instrumentales libres.
Nous avons choisi de nous inspirer de cette sélection d’œuvres pour la création du cheminement de ce concert. Nous la réorganisons avec éloquence par un jeu de complémentarités et de contrastes entre le caractère et l'énergie propre à chaque pièce. Notre interprétation est nourrie par la prise en compte de choix musicaux personnels à Bakfark – souvent surprenants, pour ne pas dire décadents, vis-à-vis de l'intégration de dissonances atypiques et colorées – qui sont traduits avec précision par le détail de la notation en tablature. Nous nous laissons ainsi guider avec délectation par ce grand Maître de la Renaissance.
Un recueil de suites pour le luth dédié à Marie de Medicis, 1612
Dès son enfance, et durant de difficiles années de la régence, le jeune Louis XIII trouve dans la musique une forme d’échappatoire. Ce goût précoce pour l’art musical se manifestera plus tard dans le vaste projet culturel qu’il initiera autour de Versailles, futur lieu de résidence de la cour et véritable creuset de l’opéra baroque français à partir des années 1640.
Louis XIII s’intéresse très tôt à la pratique du luth, instrument de cour par excellence à cette époque. Dès 1600, le luthiste Robert Ballard reçoit le titre de « valet de chambre du Roi ». Parmi ses services, il enseigne le luth au jeune dauphin, puis devient, à partir de 1612, « maître de luth » de la régente Marie de Médicis. C’est dans ce contexte qu’il fait publier son Premier Livre de luth, dont l’unique exemplaire conservé aujourd’hui se trouve à la Bibliothèque Mazarine, à Paris.
L’ouvrage est la première publication imprimée en France pour le luth à dix chœurs, comprenant 9 cordes doubles augmentées d’une chanterelle simple. Également nommé « luth à dix-neuf cordes » dans certains écrits du temps, cet instrument répond à une esthétique de transition entre la musique de la Renaissance et l’âge Baroque. En effet, l’organisation de son accord en « vieux-ton » relève de la même logique que celle employée depuis le début du 16esiècle, mais l’ajout de cordes graves fait entrer ce type de luth dans une esthétique sonore plus résonnante, ample et profonde, en adéquation avec les codes de la musique baroque, particulièrement propice à l’accompagnement de la voix dans les airs de cour.
Le contenu du recueil témoigne des goûts musicaux de la cour française dans cette période charnière, accordant une grande importance à la danse. Entrées de luth, Ballets, Courantes et Voltes sont organisées par genre et par tonalité, le musicien devant reconstruire ses propres suites de danses en fonction du moment, de son goût et de celui de la reine ou du dauphin.
En dialogue avec cette musique de danse, le concert valorisera aussi la voix. Le programme intègre en effet un ensemble d’airs de cour également issus du fonds musical de la Bibliothèque Mazarine. Provenant d’ouvrages contemporains du livre de Ballard et conçus pour être accompagnés au luth à dix chœurs, ces airs de cour ont pour précieux avantage de conserver une réalisation écrite de leur accompagnement noté en tablature de luth. Ils nous plongent avec précision dans une esthétique sonore propre à la retenue et à l’intimité de la musique française de cette période.
